Le Morne Brabant est un lieu spécial que nous rappelle avec force une partie de notre histoire – l'histoire de l'esclavage. A l'époque, l'Isle de France avait quatre types d'esclaves : « noir » - esclave mâle, « négresse » - esclave femme, « négrillon » - jeune esclave mâle, « négritte » - fille esclave au-dessous de 14 ans.
Plusieurs auteurs indiquent le pays d'origine des esclaves : Comores, Congo, Guinée, Inde, Madagascar, Malaisie, Mozambique, Sénégal, ... Plusieurs autres parlent du marronnage et de la recherche de la liberté... contre une relation de domination, une privation de son identité propre et une appartenance totale au maître (au même titre qu'un objet pouvant être mis en vente et racheté par le plus offrant)...
Hommes et femmes ont utilisé le petit et le grand marronnage pour fuir leur condition inhumaine d'esclave. S'enfuir pour rejoindre ceux qui étaient libres dans les bois ou dans les montagnes représentait, pour eux, une résistance politique face au pouvoir en place et une manière de défier collectivement l'autorité. Ainsi, les Malgaches Pompée et Panglose, les Mozambicains Sans-Souci et Goujoupa, le Créole Jean Louis et l'Indien François -- tous esclaves marrons -- sont devenus des modèles. Ils ont prouvé qu'il existe une échappatoire à l'esclavage, à l'humiliation et à la dégradation... L'être humain a toujours le choix de rester esclave ou de se libérer du joug des hommes cruels, voire inhumains ...
Pourtant, les formes de punition se sont succédé pour effrayer les esclaves. Plusieurs auteurs font mention du fouet employé pour les punir. On leur coupait aussi les oreilles, on les marquait à la fleur de lys, on les tuait après la troisième tentative de fuite,... Hommes ou femmes étaient punis car « résister » était synonyme de désordre social pour les autorités. En revanche, le marronnage était un moyen de prouver que les esclaves étaient des humains qui pouvaient penser et agir en toute indépendance.
Aujourd'hui encore, les esclaves marrons donnent la force nécessaire aux CITOYENS ORDINAIRES de résister à l'ordre établi. Ce n'est pas Adrien d'Epinay, esclavagiste d'un temps passé, qui va resurgir pour dévier l'attention de tous ceux qui souhaitent protéger notre patrimoine national et lui donner le statut de patrimoine international ! Les citoyens ordinaires s'intéressent peu à l'enlèvement d'une statue qui représente, somme toute, un pan obscur de notre Histoire et prouve que l'esclavage a bel et bien existé à Maurice (dénonçant ainsi certains membres de « Le Morne Trust Fund » qui voudraient prouver le contraire). Cette stratégie symbolique pour endormir les « ti-dimounn » ne prend pas... car les citoyens ordinaires réclament une action concrète et certaine : le «World Heritage Status» pour la montagne du Morne Brabant.
Si l'Etat est vraiment proche du petit peuple, alors il est grand temps de passer résolument aux initiatives concrètes et attendues:
1. reconstituer rapidement l'équipe de «Le Morne Trust Fund» car les citoyens ordinaires n'ont plus aucune confiance dans ses membres... leur version de l'Histoire de Maurice est trop différente et éloignée de celle des citoyens ordinaires!
2. accorder l'autorisation à une nouvelle équipe de chercheurs d'étoffer -- dès maintenant -- le dossier du Morne Brabant pour l'UNESCO ;
3. redémarrer des recherches archéologiques sur des « State Lands» (stoppées sous l'ancien gouvernement et toujours bloquées à ce jour ) ;
4. rendre public les artefacts trouvés dans les caves du Morne Brabant ;
5. rendre public le dossier envoyé à l'UNESCO (gardé secret par «Le Morne Trust Fund») ;
6. rendre publics les commentaires de l'UNESCO sur ce dossier dès que ceux-ci parviennent à Maurice.
En réalité, si l'Etat n'accède pas aux requêtes des citoyens ordinaires, alors la domination des dirigeants de la République de Maurice (pays indépendant depuis 1968) et la perpétuation des valeurs inhumaines et cruelles (par des forces financières supérieures comprenant des Mauriciens de toutes les communautés) resteront d'actualité... A quoi cela sert-il d'enlever ou de déplacer la statue d'Adrien d'Epinay quand les vrais problèmes sont ailleurs ?
Le Morne Brabant et ses alentours ne peuvent vivre que si cette liberté différente demeure la preuve de leur unicité et de leur authenticité... Le Morne Brabant, symbole de la dignité du petit peuple, a toujours résisté et résistera pour bien longtemps encore...